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La « marketocratie » militante ou l’avènement d’une « écologie de marché »...
Article mis en ligne le 29 novembre 2019
dernière modification le 12 décembre 2019

 La tendance

Comment interpréter l’évolution des mouvements associatifs « écolos » ? En 2009, un billet avait déjà été publié sur ce site sur une nouvelle tendance militante initiée par des « célébrités » de l’environnement que certains qualifieront rapidement d’écotartuffes.

Il semblerait que cette démarche médiatique se soit emparée d’une très grande partie du tissu associatif.
Désormais, une des principales préoccupations est clairement devenue de trouver tous les moyens pour être le plus visible possible au prix d’une simplification des discours , d’une vulgarisation parfois triviale. La « positive attitude » est devenue la norme.

Cet apparent enthousiasme entrepreneurial se fait au détriment d’une réelle émancipation individuelle ou collective et toute tentative de dialogue ou de remise en question de cette approche est systématiquement balayée d’un revers de silence. Ces « mises à l’amende » n’ont rien à envier aux plus agressives méthodes managériales de certaines entreprises.

 Les mots

Les mots sont dévoyés les uns après les autres, une vraie guerre d’accaparement linguistique autant par les gouvernants que par les néo eco-startuper : développement durable, écosystème, grand débat, référendum, communalisme, tirage au sort. Même au sein des entreprises, toutes notions de rapport de classe et des luttes induites sont soigneusement gommées, on ne parle plus de patrons, ouvriers, salariés mais de partenaires, collaborateurs, managers...
La notion de collectif est également parfaitement dévoyée (certains l’utilisant en s’assurant au préalable d’une parfaite « homogénéité » du-dit collectif) [1], même des structures parfaitement pyramidales (président, etc) s’approprient cette appellation.
Devant la réduction sémantique qui se présente, les idées s’étiolent peu à peu et il est difficile de ne pas faire un parallèle avec cette funeste phrase « nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de tel sorte qu’ils ne puissent plus penser que nos idées. J.Goebbels ».

 La communication

Les ondes et les télés sont inondées de ces sujets environnementaux, même canal+ (chaîne de Bolloré) diffuse une série sur l’effondrement (excellente, ceci dit, et très impressionnante dans sa réalisation et son choix formel, chaque épisode est réalisé en un seul plan séquence de 20mn !). Les documentaires, débats où se relayent les « experts » officiels [2], les fictions, s’enchaînent sur un rythme soutenu. À l’époque où l’économie de l’attention est la plus à même de satisfaire la voracité de croissance à laquelle nous nous accrochons, on peut se demander si tout ce remue ménage médiatique, qui ne propose que peu d’actes, ne pourrait pas se définir comme une « écologie de marché ».

Les débuts de cette « écologie de marché » sont arrivés avec les grosses ONG comme Greenpeace et WWF et toutes les pétitions internet qui ont amorcé ce que l’on pourrait qualifier du militantisme « hors sol ». C’est à dire éloigné de la réalité que peut représenter une implication sur un lieu d’habitat ou de travail.
Cette dématérialisation militante provoque un profond désengagement local, crainte pour beaucoup d’afficher des banderoles, avoir des autocollants, interpeller ses collègues, voisins, élus... Chaque militant attend le prochain gros « raout », délaissant peu à peu l’indispensable travail quotidien de proximité et son engagement individuel.

Nous assistons à une explosion de phénomènes militants qui s’appuient avant tout sur leur existence médiatique plus que sur un réel ancrage de terrain (les partis politiques ou les syndicats avaient des sièges, des bureaux, etc...). On voit fleurir de nouveaux managers de cette « écologie de marché ». Des alliances confuses où les fondamentaux sociaux, économiques, environnementaux ne sont plus clairement débattus [3] ni définis. Seuls comptent l’expansion des flashmobs, évènements « coup de poing » et autres recherches de « buzz ».
XR, Superlocal (dont l’appellation est au seuil de l’oxymore « super » et « local ») se posent en véritable managers, enthousiastes, de lutte avec offre de formation, organisation, monétisation... La communication n’a plus grand chose à envier aux pubs « Manpower » sauf que c’est pour du bénévolat militant le plus « apolitique » possible. On prendra soin de ne plus dénoncer clairement le capitalisme et les disparités, inégalités et violences sociales., ces mots étant devenus parfaitement tabous.

 Les choix politiques

Les hésitations politiques entre des modes de gouvernance hyper hiérarchisés (voir autoritaires) ou plus collectives (c’est à dire ce que l’ont nomme désormais « extrêmes ») [4] sont assez explicites dans les questions qu’elles soulèvent. Nous récoltons là les fruits des injonctions paradoxales de notre époque. On nous demande d’être citoyens « responsables , engagés » et en même temps de choisir, dans « l’isoloir », des chefs qui s’isolent de plus en plus des administrés ou qui montrent de curieux exemples de parcours personnels. L’interpénétration politico-associative est également inquiétante, certains se servant de ces marche-pieds associatifs à des fins strictement personnelles et carriéristes [5].

 Les citoyens

D’un point de vue individuel, nous sommes devenus des citoyens-consommateurs insatiables. Les préoccupations étaient jusqu’à présent d’accumuler biens, photos, données, activités, loisirs… Tels des hamsters, nous nous remplissions les joues, avec toujours la crainte de rater la « bonne affaire », le « bon plan », la soirée « sympa » ou toute opportunité de « ne pas se prendre la tête ».
Désormais, il faut ajouter une nouvelle forme de consommation « d’idées », d’évènements, de happenings. Les choix, devant tous ces possibles qui se présentent à nous mobilisent presque toute notre attention.

Le piège de ces nouvelles formes d’actions qui remplissent nos agendas est d’omettre certains fondamentaux politiques (ou de les lisser jusqu’au plus insignifiant) et potentiellement de favoriser des comportements régis par l’immédiateté avec des conséquences réactionnaires.

Les implications citoyennes locales peuvent être une occasion pour nombre d’entre nous de renouer avec ces fondamentaux [6] ...
Si l’on s’en donne la peine, les plaisirs de comprendre, d’échanger, d’apprendre peuvent supplanter ceux de posséder ou consommer.
S’investir en dehors de notre vie « professionnelle » ou de « loisir », organiser des rencontres, une construction, un jardin partagé, un événement, ou encore essayer d’apprendre à utiliser des outils ou à s’exprimer apporte de réelles satisfactions.

Les gilets jaunes, tout comme les zadistes, sont les combattants et explorateurs politiques et structurels de la société civiles, ils cherchent et défendent des fondamentaux politiques, environnementaux et sociaux, ils attaquent les sujets de fond. Ils rétablissent une noble notion de radicalité, dans cette vague d’happycratie et « feel good » écologie.

Les Nouvelles de l’éco « happycratie »

Ils soutiennent et initient, sur les rond points ou sur les zones à défendre le principe de subsidiarité signifiant que les choses doivent se faire à la plus petite échelle possible.
Tout cela va à l’encontre de ce que l’on apprend dans cette société ultralibérale : « il ne faut pas compter son temps ni avoir d’objectif ».
Yvan